A l’école de la République, les jupes – et les corps – des filles ne sont jamais à la bonne mesure.
Aurélia Blanc. Ce que l’école fait aux filles. Sexisme au collège et au lycée : l’enquête. Août 2026
La rentrée se profile, arrêtons-nous un moment pour penser le contrôle des corps à l’école.
En septembre 2020, un mouvement de résistance va prendre de l’ampleur. A l’origine, Lou Lou s’est préparée pour aller en classe un jour de chaleur estivale. Scolarisée dans l’Essonne à presque 17 ans, elle porte un pantalon de taille haute, un croc top et une chemise par-dessus. « Vers 15 h 30, j’ai croisé une AED [assistante d’éducation] qui m’a dit “je suis sûre qu’ils vendent des tee-shirts à ta taille au magasin”, poursuit Lou. Cette remarque m’a énervée. Mes amies avaient eu des réflexions du même genre plus tôt dans la journée. J’ai dit à voix haute, “c’est vrai que ça va faire bander les garçons”. » Le lendemain, Lou poste sa photo sur Twitter, dans sa tenue de la veille, assortie de la mention « #balancetonbahut ». Le mouvement va visibiliser ce que vivent les filles au quotidien dans les collèges et les lycées : harcèlement, violences sexistes et sexuelles.
Dans nos institutions scolaires, les règlements intérieurs ont tous un chapitre sur les tenues vestimentaires. De quelques lignes à plusieurs paragraphes, leur étude nous apprend que les filles sont particulièrement scrutées : tenues décentes exigées, non provocatrices, épaules cachées, genoux cachés, nombrils cachés. Elles sont au mieux renvoyées chez elles pour changer de tenue, et au pire, elles vont devoir porter des blouses (celles des labos de sciences), ce qui est un marqueur au regard de tous les élèves et les rendre vulnérables à du harcèlement et le début d’une « réputation ». Cela donne lieu à des sanctions éducatives honteuses et des rituels d’humiliation.
Ce qui motive les chef.fes d’établissement et les personnels éducatifs : favoriser un climat de travail qui ne perturbe ni les garçons, ni les adultes. Il suffit de lire les nombreux témoignages du dernier livre d’Aurélia Blanc pour comprendre que le corps des filles est aussi sexualisé par les adultes. Ce que l’on retrouve dans une étude de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports publics en 2023 : 65 % des filles de moins de 15 ans ont été victimes de harcèlement de rue. Ce contrôle est genré, l’attention redouble sur les tenues des filles pour ne pas perturber ou déconcentrer les garçons.
Ce qui est indécent, plus que les tenues des filles, c’est le regard sexualisant des adultes sur leurs corps. Cette police généralisée du vêtement alimente le harcèlement et les violences sexistes et sexuelles. Les conséquences sur l’estime de Soi sont ravageuses. Les filles racisées sont encore plus victimes.
Nous pouvons agir pour que l’école soit un lieu d’éducation égalitaire et de prévention des violences sexistes et sexuelles !
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- De la formation des enseignant.e.s et des professionnels de l’éducation
- EVAR et EVARS pour tous les enfants comme le prévoit la loi depuis 2001
- En tant que parents, ne pas censurer les tenues de nos filles, et éduquer nos garçons au respect. Ne pas hésiter, dans la rue, dans les commerces, pendant les repas de familles, à reprendre clairement les hommes qui ont des attitudes inappropriées vis-à-vis des adolescentes ( regards insistants, paroles déplacées, commentaires sur les vêtements ou le maquillage des filles).
3 ressources pour du grain à moudre
- Camille LAVOIPIERRE. Forme scolaire du vêtement et contrôle différencié des corps au lycée. Thèse sur les normes vestimentaires. 2023.
- Aurélia BLANC. Ce que l’école fait aux filles. Sexisme au collège et au lycée : l’enquête. 2026.
- Reportage TV 5 Monde : https://information.tv5monde.com/terriennes/du-nombril-des-lyceennes-la-tenue-republicaine-retour-sur-une-polemique-francaise-37041
Crédit photo : COLCANOPA – Le Monde 15 septembre 2020