Ecrire pour sortir du tombeau[1]

 

Tant de femmes avant elles, puis :

  1. Mémoire de fille. Annie Ernaux.
  2. La petite fille sur la banquise. Adelaïde Bon.
  3. Le consentement. Vanessa Springora.
  4. La familia grande. Camille Kouchner.
  5. Triste tigre. Neige Sinno.

Sortir du tombeau, c’est revenir à la vie après une longue apnée dans laquelle les violences sexuelles plongent les enfants qui en sont victimes. Certaines, certains, n’en sortent pas. La fonction du récit est ce retour à la vie, pour celles et ceux qui tiennent la plume, et pour toutes celles et ceux qui en tourneront les pages.

La force de ces récits est triple.

Tout d’abord, et ce n’est pas la moindre des choses, la vertu de rompre le silence écrasant qui musèle les victimes. Souvenons-nous que le silence est une arme au service des agresseurs et de leur impunité.

Ensuite, le cumul des voix ouvre la voie de la solidarité là où était l’isolement, de la reconnaissance là où était le déni, de la sanction là où était l’impunité.

Enfin, les violences sexuelles sont des atteintes à toutes les dimensions de l’intime. Elles s’inscrivent alors dans le champ du politique, c’est-à dire de la responsabilité sociétale, collective. Il est nécessaire d’agir pour que ces violences cessent et que les victimes soient restaurées dans leur dignité.

[1] Boris Cyrulnik. La nuit j’écrirai des soleils.

 

  1. Mémoire de fille. « Ce n’est pas à lui qu’elle se soumet, c’est à une loi indiscutable, universelle, celle d’une sauvagerie masculine qu’un jour ou l’autre il lui aurait bien fallu subir. Que cette loi soit brutale et sale, c’est ainsi. »
  1. La petite fille sur la banquise. « Les policiers mettent les gyrophares pour la faire sourire. Elle sourit. Elle est gentille. Elle n’est plus là. Elle est morte. Personne ne semble s’en rendre compte. »
  1. Le consentement. « Ecrire, c’est redevenir le sujet de ma propre histoire. Une histoire qui m’avait été confisquée depuis longtemps. »
  1. La familia grande. « Mon frère m’avait prévenue : Tu verras, ils me croiront, mais ils s’en foutront complètement. Merde. Il avait raison. »
  1. Triste tigre. « En nommant nos fantômes, est-ce qu’on parviendrait à se délivrer un peu d’eux ? »

Avant elles, Peau d’âne, Le petit chaperon rouge, Christine Angot, Toni Morrison, Claude Ponti, Christiane Rochefort, et toutes celles et ceux qui ont écrit dans des cahiers et ne seront jamais publiés.

 

3ressources pour du grain à moudre :

  • « Violences sexuelles dans les textes littéraires». Anne-Claire MARPEAU, in, Enseigner la littérature en questionnant les valeurs. Nicolas ROUVIÈRE. Peter Lang. 2018
  • La Culture de l’Inceste ; Iris Brey et Juliet Drouar. Seuil. 2022
  • La littérature pour penser les violences sexuelles faites aux enfants. Henriette Zoughebi, avec la collaboration de Florence Schreiber et de l’association . Travail réalisé pour la CIIVISE 1. 2023.

 

* Crédit photo : Canva Education