Sexuelle, cette violence est dite sexuelle. Dans la pensée, la vision se brouille. Voir qui ? Voir quoi ? Commençons par ce qu’il faut voir : Ça ? Faut-il l’entendre puis voir les images que les mots suscitent ? Il le faut.
Edouard Durand. 160 000 enfants. Violences sexuelles et déni social.
Les violences sexuelles faites aux enfants restent floues dans l’esprit de la plupart d’entre nous. Plus encore, elles sont l’objet de mythes. Ces mythes, qui regroupent des attitudes et comportements, ont pour effet de minimiser, voire de banaliser la violence sexuelle. Ces mythes et préjugés sèment le doute chez les personnes qui ont subi de la violence sexuelle, renforcent l’image négative des victimes et déresponsabilisent les personnes qui commettent l’acte de violence sexuelle.
Déconstruire ces mythes, c’est permettre aux victimes de reconnaître les situations de violences sexuelles, de restaurer l’image qu’elles ont d’elles-mêmes, ainsi que de dénoncer et de mettre fin à ces violences.
Les violences sexuelles sur les enfants sont commises principalement par des inconnus.
En réalité : les violences sexuelles sur les enfants sont perpétrées par des personnes que l’enfant connaît et en qui il a confiance, des membres de la famille, des amis de la famille, des enseignants, des entraîneurs ou des membres religieux.
94% des agresseurs sont des membres de la famille ou des proches.
Les enfants victimes de violences sexuelles en parlent toujours immédiatement.
En réalité : de nombreux enfants ne parlent pas immédiatement des violences sexuelles qu’ils ont subis en raison de la peur, de la honte, de la confusion ou de la manipulation psychologique exercée par l’agresseur. Certains enfants peuvent garder le silence pendant des années avant de révéler ce qui leur est arrivé. C’est aussi la conséquence de l’amnésie traumatique.
Les enfants provoquent ou consentent aux violences sexuelles.
En réalité : Les enfants ne peuvent pas donner un consentement valide à des actes sexuels, quel que soit leur comportement ou leurs actions. Les violences sexuelles sont toujours la responsabilité de l’adulte ou de l’adolescent qui commet l’acte, et jamais la faute de l’enfant. La violence sexuelle n’est pas de la sexualité, c’est de la violence perpétrée par le sexe.
Les violences sexuelles ne laissent pas de séquelles durables sur les enfants.
En réalité : Les violences sexuelles ont des conséquences graves et durables sur la santé mentale, émotionnelle et physique des enfants. Cela inclut des problèmes de santé mentale, des troubles de l’alimentation, des difficultés relationnelles et des problèmes de confiance en soi.
Les enfants victimes de violences sexuelles se souviennent toujours clairement des détails de l’agression.
En réalité : Les souvenirs des enfants sur les abus sexuels peuvent être fragmentaires, confus ou même réprimés en raison du traumatisme vécu. Il est courant que les enfants aient du mal à se souvenir de tous les détails ou à donner des récits cohérents de l’incident. C’est la conséquence du psycho traumatisme qui impacte la mémoire et le fonctionnement cognitif de l’enfant.
Les garçons ne sont pas victimes de violences sexuelles autant que les filles.
En réalité : Les chiffres disponibles sur les violences sexuelles sur les garçons sont sous-estimés et moins souvent signalés, notamment en raison des stéréotypes de genre. Le chiffre estimé aujourd’hui à 1 garçon sur 13 reste donc à manier avec prudence en raison de la prévalence des données recueillies.
Les enfants victimes de violences sexuelles se rétablissent rapidement une fois qu’ils ont été retirés de la situation abusive.
En réalité : Le rétablissement des enfants victimes d’abus sexuels est un processus complexe qui peut prendre du temps et nécessiter un soutien continu. Cela peut prendre la forme d’une thérapie spécialisée, de soins médicaux et d’un soutien familial.
Des personnes portent plainte sans raison
En réalité, le dépôt de plainte est rendu difficile car les victimes ne se souviennent pas toujours des détails de l’agression : la peur et la détresse affectent la mémoire. L’absence de souvenirs précis d’une agression sexuelle ne peut pas servir à invalider la plainte d’une victime. J’y reviendrai dans un article dédié au sujet des fausses allégations et du syndrome d’aliénation parentale. Le pourcentage de fausses accusations d’agressions sexuelles est très bas, autour de 2%.
Spoiler, ceci n’est pas un mythe : Toute personne est susceptible de subir de la violence sexuelle au cours de sa vie. »
En réalité : bien que les enfants et adolescent·es soient plus représenté·es parmi les victimes de violence sexuelle, la violence sexuelle n’épargne personne. Y compris les aînées. Pareillement, les femmes sont les principales victimes, mais des hommes comptent parmi les victimes. De même, les personnes de la diversité sexuelle et de genre ont plus de risque de subir de la violence à caractère sexuel que les personnes cisgenres hétérosexuelles.
On observe également une plus grande proportion de victimes de violence sexuelle chez les personnes ayant un trouble de santé mentale ou une déficience intellectuelle, les femmes en situation de handicap physique ou sensoriel, les personnes échangeant des services sexuels contre rémunération, les personnes itinérantes, les personnes autochtones et les personnes racisées.
2 ressources pour du grain à moudre
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- Edouard Durand. 160 000 enfants. Violences sexuelles et déni social. 2024
- L’étude de l’association Mémoire traumatique et d’IPSOS 2015 : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/campagne2016/2016-Rapport-enquete-Ipsos.pdf
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