Depuis quelques années, les affaires judiciaires autour de l’industrie pornographique française font voler en éclat un vieux mythe : celui d’une sexualité « fun », libérée, sans conséquences.
Au cœur de ces scandales, un système bien rodé de violences sexuelles, de proxénétisme organisé, de traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle — une pornocriminalité capitaliste qui s’organise pour produire et vendre des images où la violence contre les femmes est non seulement banalisée… mais érotisée.
Et pendant ce temps-là, ce sont les enfants et les ados qui tombent sur ces images, en moyenne dès l’âge de 10 ans.
Une industrie qui fabrique des violences sexuelles, pas du désir
Comme le rappelle l’historienne des sexualités Christelle Taraud, l’industrie pornographique s’inscrit dans un « continuum féminicidaire » : un système global où les violences faites aux femmes se répètent, se banalisent, se vendent.
Les affaires French Bukkake et Jacquie et Michel ont révélé l’envers du décor :
- Des femmes piégées, trompées, violentées.
- Des tournages organisés comme des scènes de crime.
- Des entreprises qui monétisent la souffrance et l’humiliation.
Dans le cas de French Bukkake, ce sont des femmes en situation de précarité qui ont été victimes de proxénétisme en bande organisée, de viols en réunion, de menaces et de pressions..
Même mécanique du côté de Jacquie et Michel, où des actrices ont témoigné d’actes non consentis, sous la contrainte ou les menaces.
Nous ne sommes pas face à des « dérives » isolées mais bien à une industrie structurée, qui fonctionne sur l’exploitation et la violence du corps des femmes.
Quand la violence devient sexy : comment le porno déforme les imaginaires
C’est là où le travail de personnes comme Chloé Thibaud (« Désirer la violence ») ou les témoignages de survivantes de violences sexuelles sont essentiels : ils montrent que notre rapport au désir n’est pas neutre.
Regarder du porno mainstream, ce n’est pas regarder « du sexe ». L’étude STATISTA 2023 révèle que parmi les 50 vidéos les plus regardées, 90 % de scènes vont à l’encontre de la loi française.
C’est très souvent regarder des mises en scène de violences sexualisées :
- Humiliation
- Absence de consentement explicite
- Pratiques dégradantes imposées
- Souffrance féminine présentée comme excitante
Des générations entières d’enfants et d’ados découvrent la sexualité par ces images. Et ce qu’ils apprennent, c’est que désirer quelqu’un·e, c’est dominer, forcer, humilier.
Quand des survivantes de violences sexuelles disent : « J’ai cru que c’était normal de souffrir », « Je pensais que je devais me forcer » — elles nous parlent aussi de ça : d’une culture qui a déformé leur rapport au corps et au plaisir.
Protéger les enfants de la pornocriminalité, c’est protéger leur liberté d’aimer
Aujourd’hui, l’âge moyen du premier visionnage de porno en France est entre 10 et 11 ans.
Et soyons lucides : ce n’est pas un problème « moral » ou « pudique ». C’est un problème de santé publique et de protection des droits des enfants.
Les grandes plateformes pornographiques n’ont aucun intérêt économique à empêcher les mineur·es d’accéder à leurs vidéos. Chaque clic rapporte.
Mais nous, adultes, éducateurs·trices, parents, professionnel·les, nous avons une responsabilité immense :
→ Mettre des mots sur ce que sont vraiment ces images.
→ Ouvrir des espaces pour parler du consentement, du respect, du plaisir partagé.
→ Déconstruire les stéréotypes sexistes véhiculés par l’industrie pornographique.
En conclusion
Protéger de la pornocriminalité, ce n’est pas couper de la sexualité.
C’est au contraire donner les moyens de construire un rapport au désir libre, joyeux, respectueux.
C’est rappeler qu’aimer, ce n’est jamais faire mal.
C’est transmettre que nos corps nous appartiennent.
C’est apprendre que non, la violence n’est pas sexy.
C’est aussi, collectivement, refuser de fermer les yeux sur une industrie qui détruit des vies — sous prétexte de divertissement.
Et « faire de la sexualité un lieu de réparation, un lieu où retisser le lien distendu entre les femmes et les hommes, pour des relations égalitaires, consenties et réciproques, et non une guerre perpétuelle où les femmes sont toujours perdantes ».