Et si on élevait les garçons comme on espère qu’ils aimeront demain ?
Éduquer les garçons, c’est bien plus qu’une mission parentale ou scolaire. C’est un enjeu collectif, politique et urgent. Parce qu’aujourd’hui encore, trop de garçons grandissent avec un modèle de virilité toxique qui abîme autant les autres… qu’eux-mêmes.
Une éducation viriliste qui fait mal… à tout le monde
Dès le plus jeune âge, les garçons sont socialisés autour de trois grands interdits :
- Ne pas pleurer.
- Ne pas être faible.
- Ne pas “ressembler à une fille”.
Autrement dit : ne pas ressentir, ne pas demander d’aide, ne pas exprimer de douceur. Ce conditionnement silencieux construit des adultes qui peinent à reconnaître leurs émotions, qui confondent désir et domination, et qui ont appris à taire leurs blessures plutôt que de les soigner.
Et cette éducation n’est pas sans conséquence :
- sur leur santé mentale (les garçons sont moins diagnostiqués pour dépression mais surreprésentés dans les suicides) ;
- sur leurs relations affectives (difficultés à communiquer, à poser leurs limites ou à entendre celles des autres) ;
- et bien sûr, sur la reproduction des rapports de pouvoir et de violence dans les relations amoureuses ou sexuelles.
« Mais ce sont encore des enfants ! » : l’enjeu de l’éducation précoce
Non, les garçons ne deviennent pas violents ou sexistes “naturellement”.
Ils apprennent. À l’école, dans les médias, au vestiaire, à la maison. Et tant que rien ne vient contrer ces apprentissages, ils les prennent pour norme.
Pourtant, il est possible, et même nécessaire, d’agir dès l’enfance. L’éducation non sexiste ne se résume pas à interdire les jeux de guerre ou offrir des poupées. Elle vise à :
- valoriser l’expression émotionnelle (« Tu as le droit d’avoir peur, d’être triste, d’en parler ») ;
- déconstruire les stéréotypes (« Tu peux être fort et sensible à la fois ») ;
- apprendre le respect, l’empathie, le consentement (« Ton corps t’appartient, et celui des autres aussi »).
Autant de compétences psychosociales (écoute, régulation émotionnelle, gestion des conflits) que l’OMS recommande de renforcer dès la maternelle… et qui protègent à la fois les garçons et les autres enfants.
Concrètement, comment on éduque autrement ?
Voici quelques pistes issues de la pédagogie de terrain et des retours des professionnel.les :
- Changer le vocabulaire
→ Remplacer « Sois fort » par « Tu peux traverser ça ».
→ Dire « Je suis fier.e de toi quand tu écoutes », et pas seulement quand il gagne ou qu’il tape fort.
- Valoriser les émotions
→ Lire des albums jeunesse où des garçons pleurent, ont peur, prennent soin.
→ Encourager les jeux symboliques, artistiques, d’imitation.
- Parler de genre et de pouvoir
→ Expliquer les stéréotypes dès le primaire.
→ Questionner les normes à l’adolescence : « Pourquoi c’est drôle d’insulter quelqu’un de pédé ? »
- Impliquer les garçons dans la prévention
→ Créer des espaces de parole (ateliers, cercles d’écoute).
→ Les responsabiliser sur les sujets de consentement, d’égalité, d’hypersexualisation.
Ce que ça change ? Tout.
Éduquer les garçons autrement, c’est :
✔ Prévenir les violences sexistes et sexuelles,
✔ Leur permettre d’exister sans se conformer à une virilité oppressante,
✔ Construire des relations plus respectueuses, plus saines, plus justes.
Ce n’est pas une menace pour les garçons. C’est une promesse de liberté.
4 Ressources pour du grain à moudre
➡️ Retrouvez la série “the boys” sur notre compte Instagram @declicsetdescles_.
➡️ Aurélia Blanc. Tu seras un homme féministe mon fils. Marabout. 2024
➡️Quentin Delval. Comment devenir moins con en dix étapes. Hors d’atteinte. 2023
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