[…] une pratique de domination qui se perpétue à travers les générations, ancrée dans les structures familiales et sociales, indépendamment des contextes historiques. Cette continuité montre que ces violences ne sont pas des déviances individuelles mais des phénomènes systémiques.

Dorothée DUSSY. Le berceau des dominations.

 

Dans les années 60-70, un climat de permissivité sexuelle et de remise en question des normes sociales a souvent été invoqué pour justifier les violences sexuelles faites aux enfants. Cette période, marquée par Mai 68 et une certaine négligence des droits des enfants, a servi de cadre pour légitimer des actes pédocriminels. À travers cet article, nous explorons la dimension systémique de ces violences et mettons en lumière l’impunité historique et persistante des agresseurs, en nous appuyant notamment sur les travaux de Dorothée Dussy et les controverses médiatiques de l’époque.

 

Le contexte historique et social

Les années 60 et 70 ont été des décennies de bouleversements sociaux majeurs, marquées par des mouvements de libération sexuelle et une remise en cause des valeurs traditionnelles. Mai 68, en particulier, a incarné une révolte contre l’autorité et les normes établies, prônant une liberté sexuelle sans contraintes. Ce climat de permissivité a parfois été utilisé pour justifier des actes de pédocriminalité, sous prétexte d’un « esprit de l’époque ».

Cependant, cette justification ne tient pas face à l’horreur des actes commis. Comme le souligne Dorothée Dussy dans son ouvrage Le Berceau des Dominations, ces actes sont enracinés dans des dynamiques de pouvoir et de domination bien plus anciennes et systémiques.

L’anthropologie de l’inceste : Les Travaux de Dorothée Dussy

Dorothée Dussy, anthropologue, explore dans son livre Le Berceau des Dominations la manière dont l’inceste et les violences sexuelles s’inscrivent dans une logique de domination. Elle met en lumière que ces actes ne sont pas seulement le produit d’une époque spécifique, mais sont enracinés dans des structures sociales de pouvoir et de contrôle.

Dussy décrit comment l’inceste et la pédocriminalité sont des outils de domination utilisés par ceux qui détiennent le pouvoir, majoritairement des hommes, pour maintenir leur autorité et subjuguer les plus vulnérables, en particulier les enfants. Cette perspective anthropologique permet de comprendre que ces violences sont systémiques et perdurent à travers les générations, indépendamment des contextes historiques spécifiques.

 

Les tribunes de l’époque : une complicité médiatique

Dans les années 70 et 80, plusieurs personnalités publiques, parmi lesquelles des écrivains et intellectuels de renom, ont pris la défense de pédocriminels. Des tribunes publiées dans des journaux influents, telles que Le Monde et Libération, ont plaidé en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles entre adultes et mineurs. Ces prises de position témoignent d’une certaine complaisance, voire d’une complicité, de la part des médias et de l’élite intellectuelle de l’époque.

Cette complicité médiatique a contribué à banaliser les actes de pédocriminalité et à protéger les agresseurs. En mettant en avant l’argument de l’ignorance ou de la permissivité de l’époque, ces tribunes ont renforcé l’impunité des agresseurs et minimisé les souffrances des victimes.

 

L’Impunité historique et persistante des agresseurs

L’impunité des agresseurs sexuels d’enfants est une réalité historique qui perdure encore aujourd’hui. Les mécanismes de cette impunité sont multiples : sidération des victimes, protection institutionnelle des agresseurs, manque de formation des professionnels de l’enfance, et une culture de la minimisation des violences sexuelles.

Les affaires récentes montrent que, malgré une prise de conscience croissante, l’impunité demeure. Les révélations sur des personnalités publiques et des membres du clergé impliqués dans des scandales de pédocriminalité illustrent cette réalité persistante. Les institutions, qu’elles soient religieuses, éducatives ou médiatiques, ont souvent préféré protéger leur réputation plutôt que de défendre les victimes. Il est important de souligner le tout récent traitement exemplaire opéré par Emmaüs International, Emmaüs France et la Fondation Abbé Pierre dans la prise de parole des femmes victimes de l’abbé Pierre, en mandatant le cabinet Agaé, fondé par Caroline De Haas et Pauline Chabbert.

 

En conclusion

La justification des violences sexuelles faites aux enfants par l’argument « à cette époque-là » ne résiste pas à l’examen critique. Ces violences sont le résultat de dynamiques de pouvoir et de domination profondément enracinées dans nos sociétés. Les travaux de Dorothée Dussy et les controverses médiatiques montrent que l’impunité des agresseurs est un phénomène systémique et historique.

Pour véritablement protéger les enfants et prévenir les violences sexuelles, il est essentiel de reconnaître cette dimension systémique et de s’engager collectivement à dénoncer et combattre l’impunité. Cela passe par une éducation et une formation adéquates des professionnel.les de l’enfance, une sensibilisation du public et une transformation des structures sociales qui perpétuent ces violences.

En finir avec l’impunité des agresseurs est une nécessité urgente pour construire une société où les droits et la dignité des enfants sont pleinement respectés.

 

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